Dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs, le CIUSSS de l’Estrie  CHUS est heureux de s’unir à Black Estrie, organisme mandaté par la Ville de Sherbrooke et engagé de manière significative dans la mise en valeur des communautés noires de la région. Cette collaboration reflète une volonté partagée de renforcer la reconnaissance, la visibilité et la contribution des personnes noires au sein de notre collectivité.

Célébrer les racines

 

Cette année, ce partenariat se concrétise par la diffusion de témoignages livrés par deux membres de notre communauté interne, qui ont choisi d’explorer la thématique 2026 du Mois de l’histoire des Noirs : « Les racines »

À travers leurs écrits, nourris par leurs expériences professionnelles, leurs parcours et leurs identités, ils offrent une perspective sensible et profonde sur l’héritage, la transmission et les liens culturels qui façonnent leurs expériences vécues, ici comme ailleurs. 

Par ces contributions, nous souhaitons créer un espace propice à l’apprentissage, au dialogue et à l’inclusion, en continuité avec les valeurs d’équité, de diversité et d’inclusion qui guident notre organisation. Ensemble, célébrons les racines qui enrichissent notre histoire commune. 

Voici deux témoignages de membres de notre communauté interne

 

Les racines : une force qui traverse les frontières

Par Mamube Emelie Christelle

Une femme noire aux regards doux.

Mes racines sont noires, profondes et façonnées par l’immigration, le courage et les recommencements. Quitter son pays, c’est laisser derrière soi une part de son histoire, mais c’est aussi emporter des qualités et des valeurs essentielles : la résilience, la dignité et l’humanité. 

Migrer, c’est apprendre à grandir entre deux mondes. C’est porter en soi une histoire, une culture, parfois une langue ou des traditions, tout en s’enracinant dans un nouvel environnement. Mes racines ne m’ont jamais freinée; elles m’ont plutôt donné la force de me reconstruire, de m’affirmer et de contribuer autrement. 

Comme infirmière en médecine interne, je soigne avec mes compétences, mais aussi avec mon vécu. Mes racines m’apprennent à écouter au-delà des mots, à reconnaître la vulnérabilité et à offrir des soins empreints de respect et d’empathie. Elles me permettent de comprendre ce que signifie se sentir étranger, fragile ou incompris. 

Être une femme noire immigrante dans le milieu de la santé, c’est parfois devoir faire plus pour être reconnue, mais c’est surtout apporter une richesse humaine précieuse. Mes racines ne sont pas un fardeau : elles sont une force. 

Elles me rappellent chaque jour que soigner, c’est aussi reconnaître l’histoire de l’autre, parce qu’aucun soin n’est complet sans humanité. 

Mamube Emelie Christelle, infirmière à l’hôpital de Granby 

 


 

Construire notre identité, c’est accepter un héritage 

 

Par Affian Assoumou Alexis

Nos racines ne sont pas des chaînes, mais des sources. Elles plongent profondément dans la terre de nos ancêtres, traversant l’histoire, la douleur, la résistance et la dignité. Les ignorer, ce serait marcher sans ombre, avancer sans mémoire. Les honorer, c’est comprendre d’où vient notre force et reconnaitre nos origines. 

Pour la communauté noire au Canada, les racines sont multiples. Elles viennent des chemins parfois brisés de la migration. Elles vivent dans nos langues, nos rythmes, nos croyances, nos silences et nos luttes quotidiennes. Elles nous rappellent que notre présence ici n’est pas un hasard, mais le prolongement d’une histoire ancienne et courageuse. 

J’entends au quotidien le message de nos tambours parleurs me rappeler le respect des aînés, le sens de l’écoute et la conviction que le soin est un pacte.

Construire notre identité, c’est accepter cet héritage sans honte. C’est savoir que nous sommes plus que ce que l’histoire officielle a parfois raconté de nous. Nos racines nous enseignent la solidarité, le respect du prochain, la force du collectif. Elles nous apprennent que nous restons liés par une mémoire commune et une espérance partagée. 

Mes racines sont une boussole silencieuse qui me guide dans mon travail. J’entends au quotidien le message de nos tambours parleurs me rappeler le respect des aînés, le sens de l’écoute et la conviction que le soin est un pacte. J’établis des relations empreintes de dignité et de bienveillance avec les usagers et mes collègues. En présence de difficultés, mes racines africaines m’offrent une force intérieure façonnée par la résilience, à travers l’écho des chants de nos ancêtres, qui me rappellent que, même face à l’adversité, je dois rester debout, lucide et profondément humain. 

 Ainsi, se reconnecter à nos racines n’est pas un retour en arrière, mais un mouvement vers l’avant. C’est une démarche consciente pour bâtir une identité forte, résiliente et une source d’inspiration pour bâtir un avenir inclusif. Car au bout du chemin, nos racines nous enseignent une vérité essentielle : nous ne sommes pas seuls. Nous sommes portés par ceux qui nous ont précédés et responsables de ceux qui viendront après nous. En honorant nos racines, nous honorons notre humanité, notre communauté et notre place au sein du Canada, notre terre d’accueil. 

Affian Assoumou Alexis, infirmier, Hôpital de Granby (nom d’auteur : Assoumou N’Kwama) 

 

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