Marie-Noëlle Bélanger-Lévesque et Karl Perron, intervenants en soins spirituels au CIUSSS de l’Estrie – CHUS, témoignent de leur réalité au cours des deux dernières années, marquées par la pandémie de COVID-19.

Marie-Noëlle : les hauts et les bas d’accompagner les gens en fin de vie

Ah! Les hauts et les bas émotionnels d’accompagner les gens en fin de vie au milieu d’une pandémie. Nous devons y aller de solutions créatives pour répondre aux besoins tout en composant avec la complexité de la situation.

Marie-Noëlle Bélanger Lévesque, intervenante en soins spirituels

Pour ma part, après quelques mois, ça a été un appel : créer une place pour les soins spirituels au sein d’une équipe de soins à domicile, afin d’être auprès des personnes malades plus isolées que d’habitude. Et grâce à l’ouverture et à la mobilisation de différents acteurs, c’est devenu une réalité!

Le soutien à domicile est un travail qui a du sens autant pour la personne malade et ses proches que pour l’équipe de soins. Accompagner les gens dans leur chez-soi nous place dans une posture d’humilité, car c’est la personne qui nous accueille dans sa fragilité, nous rappelant constamment la nôtre.

La pandémie est aussi un sacré défi pour l’extravertie que je suis, qui carbure aux rencontres sociales et qui reste sur sa faim après les réunions Teams. Une usagère, accompagnée dans son processus d’aide médicale à mourir, m’a rappelé l’importance de prendre soin de ma vie intérieure par de petits gestes : elle remplissait son cœur autant que ses yeux des oiseaux qui se nourrissaient à sa mangeoire, elle me conseillait toujours des romans qui rassasient l’âme (par exemple, « Geai » de Christian Bobin) et elle m’a convaincue de retourner à l’écriture avec les dizaines de carnets qu’elle avait remplis dans sa vie. J’ai encore hâte que l’on puisse faire la fête, mais j’apprécie plus qu’avant le temps que je m’accorde.

En bref, se réinventer pour être présent ou présente à soi et à l’autre, c’est ce que m’enseigne la pandémie.

Karl : l’importance du travail d’équipe

Karl Perron, intervenant en soins spirituels

J’ai un certain vertige tellement il s’est vécu de choses ces deux dernières années. Je suis arrivé dans le réseau de la santé en octobre 2020, en pleine pandémie. Affecté d’abord au CHSLD de Windsor, j’ai soutenu à distance les secteurs de Val Saint-François et de Val-des-Sources.

Trois mois plus tard, j’étais dédié aux zones chaudes du CHUS de l’Hôpital Fleurimont et de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke pour ensuite soutenir les proches aidants des usagers après leur admission en CHSLD, ce qui ne s’était jamais fait encore.

Une expression traverse toutes ces expériences aussi riches les unes que les autres : « Travail d’équipe »!

En effet, les rencontres multidisciplinaires quotidiennes en zone chaude pour coordonner les interventions ont donné lieu à de nombreuses expériences. Certainement, que les usagers en ont bénéficié!

Je repense notamment à une physiothérapeute qui m’a rapporté la détresse spirituelle d’une patiente. J’ai pu ensuite intervenir de manière significative. Quelques jours plus tard, c’était à mon tour de lui rapporter l’état d’un patient qui à la suite d’un accompagnement spirituel a accepté de reprendre les exercices physiques.

Des détresses de toutes sortes ont été vécues et ont bouleversé mes valeurs profondes, comme cet homme qui est parti seul, les membres de la famille n’ayant pas réussi à passer par-dessus leurs rancunes envers lui. Il y a parfois des moments où j’ai dû puiser moi-même dans mes ressources spirituelles pour continuer à être présent pour les usagers. Les visites aux lieux de recueillement, les marches en plein air, les échanges entre pairs ont été pour moi des moyens de passer à travers la crise.

La crise n’est actuellement pas terminée mais je garde pour toujours au fond de moi le « travail d’équipe » comme une devise d’espoir.

Il me revient en mémoire le cheminement de pardon d’une femme qui a transmis la COVID-19 à son père. Hospitalisé tous les deux, sur des unités différentes, j’ai pu contribuer à rebâtir les ponts entre eux et aider la patiente à se réconcilier avec elle-même.

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